Un dictionnaire franco-perse pour le Quai d'Orsay, vite...
Le 31 juillet 2006, en pleine guerre entre Israël et le Hezbollah, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy avait présenté l'Iran comme un pays jouant un rôle de stabilisation dans la région. Cette déclaration qui a fait rire dans toutes les chancelleries de la planète mérite, au vu de la suite de l'article, d'être reprise dans son intégralité : "Dans la région, il y a bien sûr un pays comme l'Iran, un grand pays, un grand peuple et une grande civilisation, qui est respecté et qui joue un rôle de stabilisation dans la région."
Le 17 novembre des experts de l'ONU ont remis un rapport explosif sur la Somalie. Ce pays est actuellement en pleine guerre civile. Celle-ci met au prise un gouvernement de transition, reconnu internationalement mais dont l'autorité ne dépasse guerre la ville de Baïdoa, dans le nord du pays, dans lequel il s'est réfugié, aux troupes des Tribunaux islamiques qui contrôlent la capitale Mogadiscio ainsi que le sud et le centre de la Somalie. Les Tribunaux islamiques appliquent l'islam dans toute sa rigueur, c'est-à-dire selon les préceptes de la charia, non sans rappeler celui que pratiquait les Talibans en Afghanistan. Autre similitude, plusieurs membres d'Al-Qaïda auraient déjà trouvé refuge dans les zones contrôlées par les Tribunaux islamiques et les leaders d'Al-Qaïda ne cachent pas leur sympathie pour le cheik Hassan Dahir Aweys, chef des islamistes somaliens. Il faut dire que celui-ci n'a jamais nié avoir eu de nombreux contacts par avec Oussama ben Laden, à l’époque où ce dernier vivait au Soudan.
Cheik Hassan Dahir Aweys
Or, que dit ce rapport de l'ONU ? Il déclare que la Somalie, victime d'une militarisation à outrance, ce dirige "inéluctablement vers une guerre" de grande ampleur qui menace d'entraîner les pays de la région. Il déclare également que les Tribunaux islamiques renforcent leur emprise sur le pays en raison du soutien militaire et des violations répétées de l'embargo sur les livraisons d'armes en Somalie, de la part de...l'Iran, la Syrie, du Hezbollah libanais, de l'Erythrée, de l'Egypte, de la Libye, de l'Arabie saoudite et de Djibouti.
Au moment où dans les chancelleries occidentales un vaste débat opposent les partisans et les opposants d'une reprise d'un dialogue avec l'Iran et la Syrie, ce rapport de l'ONU tombe mal pour les premiers. Quant à Philippe Douste-Blazy, il aura tout le loisir, à la lecture du rapport de l'ONU, de comprendre que l'iran a une conception très particulière de son rôle de stabilisation dans la région. Que les mots ne veulent pas forcément dire la même chose d'un bord à l'autre de la Mediterranée.