Le paradigme kosovar frappe la Thaïlande
La Thaïlande est en proie à un conflit de plus en plus sanglant dans le sud du pays. Dans plusieurs provinces méridionales de la Thaïlande une insurrection islamiste revendique l'indépendance, ou le rattachement à la Malaisie musulmane voisine, des provinces sudistes peuplées majoritairement par des musulmans. Les attentats et les assassinats de moines bouddhistes ou d'enseignants s'y multiplient. Il y a déjà plus de 2000 victimes depuis le début de l'insurrection en janvier 2004.
Le pouvoir thaïlandais dans un premier temps a décidé de combattre les islamistes. Il a donc répondu aux attaques par la fermeté. Malheureusement le Premier ministre, Thaksin Shinawatra, principal artisan de cette politique, fut renversé par un coup d'Etat militaire en septembre 2006. Coup d'Etat mené par le général Sonthi Boonyaratglin de confession musulmane et partisan... d'une politique de dialogue avec les islamistes.
Mais comme il fallait s'y attendre cette politique n'a eu comme résultat que d'encourager les islamistes. Leurs actions n'ont fait que s'amplifier. Au point qu'aujourd'hui certains experts estiment que le gouvernement thailandais est en train de perdre tout contrôle de la situation. Pour l'universitaire Ahmad Somboon Bualuang, "Le gouvernement a perdu le contrôle du Sud. Dans des zones entières de la province de Narathiwat, l'armée ne se risque plus à patrouiller." On en vient même à envisager dans certains cercles du pouvoir à accorder une certaine forme d'autonomie négociée.
Quelle naïveté ! Cela est bien mal connaître la mentalité des combattants de l'islam. Très vite ils ne se contenteront plus de cette autonomie en estimant, à juste titre, qu'un tel geste des autorités ne ferait que traduire la faiblesse gouvernementale et ils décideront rapidement de pousser plus loin leur avantage. Car les insurgés "ont un projet de société islamiste", selon Srisompob Jitpirom, professeur de sciences politiques à l'université Prince of Songkhla. Dans les campagnes, de mystérieux tracs interdisent aux femmes d'accoucher dans les hôpitaux publics, aux échoppes d'ouvrir le vendredi, aux parents d'envoyer leurs enfants dans les écoles publiques.
Mais la Thaïlande en vérité ne fait qu'expérimenter avec un peu de retard le fameux syndrome kosovar. Ce paradigme qui veut que toute minorité musulmane devenue majoritaire sur une portion de territoire d'un Etat impie désire obtenir l'indépendance ou l'autonomie afin de vivre selon les préceptes de l'islam. La Thaïlande et la majorité bouddhiste feraient bien d'être extrêmement vigilantes. Et de chasser du pouvoir cette junte militaire à la tête duquel se trouve un général musulman qui s'apparente de plus en plus comme un cheval de Troie de l'islam.