La décision de frapper le régime iranien avant la fin du mandat de Georges W. Bush est irrévocable
Beaucoup en Occident n'ont vu dans le nouveau plan de la Maison Blanche pour l'Irak qu'un simple renforcement de la présence militaire américaine. Et de faire le parallèle avec le Vietnam en dénonçant une fuite en avant. Rien n'est plus réducteur, rien n'est plus faux. Si le président américain a effectivement annoncé qu’il allait dépêcher 21.500 soldats supplémentaires en Irak, en majorité à Bagdad où cinq brigades seront déployées :
la véritable cible de cette annonce est Téhéran. Georges W. Bush l'évoque dans son intervention, même si il garde à ce sujet un profil bas, en précisant que la nouvelle stratégie américaine consistera à combattre l’influence de l’Iran et de la Syrie qui apportent leur soutien à l’insurrection irakienne et "permettent à des terroristes et des insurgés d’utiliser leur territoire pour entrer et sortir d’Irak". Et après l'intervention contre le programme nucléaire iranien, croyez-moi, ces renforts ne seront pas inutiles pour lutter contre les commandos suicides iraniens. D'autre part, dans quelques semaines, le directeur de l’AIEA rendra au Conseil de sécurité de l’ONU un rapport qui démontrera que l’Iran n’a pas obtempéré aux injonctions de l'ONU. De nouvelles sanctions seront envisagées mais l'opposition de la Chine et de la Russie en limiteront la portée comme cela est déjà le cas pour les précédentes. C'est pourquoi la décision de détruire le programme nucléaire iranien a été prise. J'insiste, cette décision est définitive, irrévocable.

Deux escadrilles israéliennes se sont récemment exercées en vue d’un bombardement de la centrale nucléaire de Natanz, en Iran, avec des bombes à pénétration contenant de l’uranium appauvri, les "bunker busters". Israël agira, avec l'accord et le soutien des États-Unis, par une attaque aérienne des sites nucléaires iraniens, que Téhéran ne fait rien pour éviter : colloque sur l’Holocauste, remplacement du dollar par l’euro pour le commerce extérieur, accélération du programme nucléaire. La crédibilité des Etats-Unis, amoindrie par son enlisement en Irak et la fronde nord-coréenne, est en jeu. Georges W. Bush le sait et il ne voudra pas quitter la Maison Blanche sans s'assurer que le boulot a été fait et bien fait en Iran.

D'autant plus que le temps presse. Outre l'accélération du programme nucléaire iranien, la Russie accélère la construction de la centrale nucléaire de Bouchehr où 95% des travaux de construction ont été achevés. Tout doit être terminé pour septembre 2007 et la centrale doit commencer à produire de l'énergie en novembre de la même année. Pire, la Russie livrera du combustible nucléaire à l'Iran en mars, six mois avant la date du lancement de la centrale. Tout aussi grave, les livraisons des missiles russes TOR-M1 à l’Iran ont commencé, les premiers systèmes ont déjà été livrés à l’Iran. Les troupes iraniennes qui vont faire fonctionner les systèmes sont d'ailleurs soumises à un entraînement en Russie. Le système TOR-M1 peut identifier 48 cibles au maximum et tirer simultanément sur deux cibles à une hauteur de 6.000 mètres. Ce système sera pleinement opérationnel au printemps et disposé autour des sites nucléaires sensibles. Ce qui ne manquera pas de compliquer la tâche des aviateurs israéliens ou américains. Enfin, selon l’agence nippone Kyodo, la coopération entre Pyong-Yang et Téhéran s’est encore accrue dans le domaine militaire : le régime Nord Coréen enverrait en masse des missiles vers la république islamique d’Iran. Les services de surveillance aérienne japonais ont confirmé un nombre croissant de vols d’avions iraniens sur la Corée du Nord.
Comme on peut le voir, petit à petit les pièces de l'échiquier se mettent en place. C'est ainsi qu'il faut interprêter le renforcement de la présence américaine en Irak. C'est ainsi qu'il faut interprêter la nomination de Zalmay Khalilzad, ancien ambassadeur américain à Bagdad, au poste d'ambassadeur à l'ONU. Il s'agit d'un sunnite d’origine afghane, partisan d’une ligne très dure concernant Téhéran. C'est ainsi qu'il faut interprêter les hésitations et l'attitude de diva de Jacques Chirac concernant sa candidature pour 2007. Que l'intervention contre l'Iran s'effectue en février ou en mars et notre inusable politicien verra le peuple français, mu par un réflexe légitimiste et paternaliste, effarouché par cette crise nucléaire majeure, se tourner vers Jacques Chirac. Car quoi qu'il en soit, l'intervention se produira. Seule la date reste encore une inconnue.